1000
km de côtes, des plages de sable doré,
inondées de soleil, ourlant de vastes golfes ou enserrées
au creux de falaises, des sommets culminant à plus de
2 000 m enneigés jusqu'au printemps, des gorges sauvages
et arides, des vallées fermées, d'immenses forêts
de pins et de châtaigniers où bondissent des torrents,
des villages perchés ou nichés dans la verdure,
des villes dominées par d'imposantes citadelles, la fraîcheur
des sources, les parfums du maquis et des couleurs ardentes se
juxtaposant, sans jamais se heurter. Voilà la Corse que
les Anciens Grecs avaient déjà surnommée "Kallisté",
c'est à dire "la plus belle".
Une montagne dans la mer.
-"Dans la clarté douteuse du jour levant, une tache
grise apparaît au loin sur l'eau. Elle grandit, comme sortant
des flots, se découpe, festonne étrangement sur
le bleu naissant du ciel. On distingue enfin une suite de montagnes
escarpées, sauvages, aux formes dures, aux arêtes
aiguës, aux pointes élancées..."
C'est ainsi qu'en 1880 Guy de Maupassant vit se profiler la Corse,
véritable "montagne dans la mer".
C'est la montagne qui a donné à la Corse sa physionomie
particulière. Grâce à elle, la pluie et la
neige apparaissent là où devrait régner
la sécheresse, donnant naissance aux torrents et aux forêts.
La raideur des pentes rend l'agriculture difficile mais permet
l'élevage, l'arboriculture et la viticulture.
La
végétation.
De
la mer aux cimes dénudées de la haute montagne,
s'accrochent, un peu partout, dans un sol souvent ingrat, des
végétaux capables de résister à de
fortes chaleurs, à une sécheresse prolongée
ou à des froids rigoureux.
Les plantes présentent donc des racines profondes ou étalées
et ramifiées, des troncs ligneux, de robustes épines,
de petites feuilles coriaces, vernissées ou couvertes
de poils.
Très différente suivant les régions et l'altitude,
la végétation de
l'île compte près de 2 500 espèces dont,
précisément, 131 sont propres à la Corse.
Une centaine étrangères à la flore de la
France continentale, relèvent des flores méditerranéennes
(Sardaigne, Espagne, Grèce, Afrique du Nord, Asie Mineure).
Le maquis.
Constitué par un ensemble de plantes croissant serrée,
le maquis s'étend, en dehors des zones de culture, sur
d'immenses surfaces de la côte et de l'intérieur,
en strate continue plus ou moins dense et élevée
(jusqu'à 6 mètres de hauteur), y compris sous la
futaie
des pins maritimes et des chênes et dans les châtaigneraies
abandonnées.
Souvent des bouquets de chênes verts et de chênes-liège
ou d'énormes rochers surgissent de cette épaisse
verdure.
Actuellement le maquis a tendance à prendre la place des
forêts incendiées et des champs abandonnés.
Au printemps, le maquis en pleine floraison, exhale des parfums
puissants.
La
forêt.
D'importantes
forêts peuplent le centre de l'île.
Mais la surface forestière diminue malheureusement chaque
année par suite des incendies et de l'exode rural.
Principales essences : pin laricio, chêne vert, pin maritime,
hêtre, châtaignier, chêne-liège, bouleau,
sapin, eucalyptus.
Les aspects de la flore.
La végétation étage ses espaces suivant
l'altitude. Toutefois chacune d'elles se présente, dans
l'echelle des hauteurs, sur une étendue qui lui est propre,
son adaptation étant parfois très large. On peut
cependant les regrouper en plusieurs zones à partir du
littoral.
Les
régions basses.
Elles
constituent l'étage méditerranéen
inférieur (jusqu'à 500 m).
Une flore exotique.
Sur
les pentes les plus chaudes, en bordure du littoral, s'étend
un maquis-garrigue où apparaissent : le figuier de barbarie,
cactée à rameaux en forme de raquettes hérissées
de piquants et à fruits comestibles; l'agave d'Amérique,
plante grasse vert foncé à longues feuilles piquantes
disposées en rosettes, qui émet au bout de 15 ans
une hampe florale de 5 à 6 m ; l'aloès aux feuilles épaisses
et charnues, qui offre en avril un panche de fleurs rouges. Les
eucalyptus, de taille importante, se rencontre fréquemment
au
bord des routes et dans les plaines marécageuses où ils
sont plantés pour les assainir.
Le
règne
du maquis.
Sur
les basses pentes commence le maquis où dominent
les cistes dont on distingue plusieurs espèces. Deux sont à fleurs
blanches : le ciste de Montpellier, arbrisseau touffu à feuilles
vert sombre qui couvre de grandes surfaces sur les terrains siliceux
et les pentes ensolleillées, et le ciste à feuilles
de sauge qui se rencontre aussi au-dessus de 1 200 m. Le ciste
corse, à fleurs roses, ne dépasse pas 300 m d'altitude.
Aux cistes sont fréquemment associés les calycotomes à fleurs
jaunes, sortes de genêts pourvus
de robustes épines. Ils contribuent à rendre le
maquis impénétrable de même que le genêt
corse, tout aussi épineux. L'arbousier, ou arbre aux fraises,
est présent sur les terrains
siliceux jusqu'à 800 m d'altitude. Ses feuilles vertes
et luisantes rappellent celles du laurier. D'octobre à janvier
il porte simultanément des fleurs blanchâtres et
des fruits rouges vifs de la taille d'une grosse fraise, encore
consommés localement sous forme
de gelée et d'eau-de-vie.
Plusieurs
espèces de genévriers, arbustes en écailles,
peuplent aussi le maquis. Leurs baies brun-rouge constituent
la nourriture de choix des merles. Il en va de même des
baies noir bleuâtre du myrte à partir desquelles
on fabrique une liqueur réputée.
Les filarias, proches parents de l'olivier, voisinent avec
les bruyères, le cytise
à
fleurs jaunes et la la lavande. Le lentisque, à odeur
résineuse, abonde partout comme l'asphodèle, le
cyclamen, la clématite, la salsepareille, liane à baies
rouges vif, et le chèvrefeuille.
Les arbres.
Omniprésent, le chêne vert se mêle au maquis
jusqu'à 500 m puis constitue des forêts claires.
C'était jadis l'arbre le plus précieux de l'île
: ses glands nourrissaient
les porcs à demi-sauvages; il fournissait du bois de chauffage
et était exploité pour la production de charbon
de bois. Le chêne-liège souvent perdu par bouquets
au milieu du maquis impénétrable, ne forme de peuplement étendus
que dans la partie Sud-Est où il est encore exploité.
Les
hautes vallées.
Elles
constituent l'étage méditerranéen
supérieur (de 500 à 1500 m). Le domaine du châtaignier
et du pin laricio. Entre 500 et 800 m d'altitude le châtaignier
couvre des étendues considérables. Précédant
toujours le pin maritime et le pin laricio, il croît dans
les fonds des vallons ou dans les zones les plus humides de l'étage
montagnard. Jadis planté par l'homme, il est devenu aujourd'hui
spontané. Le pin maritime de Corse constitue jusqu'à 1
000 m d'altitude de vastes massifs en particulier dans la partie
Sud-Est de l'île. Comportant un sous étage de maquis
très dense (cistes), la fôret de pins maritime est éminemment
très combustible. Le pin laricio de Corse croît
entre 450 m d'altitude en versant Nord et 1800 m sur certains
versants Sud, parfois en association avec le pin maritime ou
le sapin pectiné. Présents à partir de 1
000 m les hêtres prennent le relais des pins vers 1500
m. Les bouleaux apparaissent en zone restreinte à la limite
supérieure des forêts où ils forment des
peuplements peu denses..
L'hellébore corse, renonculacée à fleurs
vertes de grande taille et à feuilles luisantes et coriaces,
croît dans la chênaie verte d'altitude, dans la châtaigneraie,
les forêts de pins et la hêtraie, de même que
l'aspérule odorante appelée aussi (petit muguet)
ou Reine des bois.